Depuis le début des années 80, le socialisme politique n’a cessé de reculer : échecs politiques et électoraux retentissants aux USA et en Grande Bretagne, catastrophe économique en 1983 en France. La chute de l’URSS a sapé les bases idéologiques de ce courant, mais l’influence du marxisme perdure en France. Néanmoins, l’échec de Ségolène Royal marque probablement l’effondrement définitif du parti qui incarne le socialisme, après une agonie qui aura duré plus d’une vingtaine d’années.
Mais la disparition du socialisme marque-t-elle pour autant le triomphe de son frère ennemi : le libéralisme ? « Des signes du temps » et un rapide survol des idées défendues par le libéralisme permettent de répondre dès aujourd’hui à cette question.
Il faut rappeler que socialisme et libéralisme sont deux courants individualistes nés de la pensée moderne. Celle-ci a brutalement modifié notre conception du monde au XIIIème siècle.
L’évolution de la pensée politique moderne de Thomas Hobbes à John Locke, en passant par Rousseau, pour ne citer que les principaux, a conduit
- d’une part, au socialisme défendant les individus et leurs libertés par l’intermédiaire de l’état, seul organisme capable d’apporter des garanties.
- d’autre part, au libéralisme qui prend la position inverse : les individus sont seuls capables de défendre leurs libertés.
Aussi, si l’Etat est considéré comme un bienfaiteur pour les socialistes, il est souvent perçu comme un ennemi par les libéraux.
Dans ce contexte, l’individualisme de la pensée moderne a entraîné une disparition des corps intermédiaires (parlements régionaux, pouvoirs communaux, basse justice, etc…) laissant l’individu seul face à l’Etat, exacerbant l’opposition et la construction des deux camps socialistes et libéraux.
Sur l’échiquier politique français, il n’y a pas de camp libéral. Les partis politiques sont répartis du néomarxisme à la social-démocratie modérée, teintée de quelques idées libérales. En Europe, il existe des partis libéraux qui n’ont jamais été que des auxiliaires pour permettre à d’autres partis de gouverner. Aux USA, ce sont les conservateurs et non les libéraux qui ont pris le pouvoir, même s’ils ont été influencés par le renouveau libéral. En effet, les conceptions religieuses, éthiques ou diplomatiques tranchent franchement avec ce que l’on pourrait qualifier de « politique libérale ».
Cet échec politique des libéraux s’explique pour une grande part par les idées défendues. Leur méfiance du pouvoir les éloignent de l’Etat et des corps intermédiaires et génère incompréhension des hommes politiques, dont on ne peut concevoir l’action qu’à travers des organismes chargés du bien commun. Leur individualisme exacerbé les divisent en chapelles rendant toute union impossible.
Que nous disent les signes du temps ?
Tout comme les socialistes, les libéraux sont incapables d’expliquer la genèse de la société, car ils ignorent la notion de bien commun. La société est artificielle, fruit de la volonté humaine. S’il doit y avoir un ordre appelé société, il ne peut être qu’imposé par la volonté.
Cette position est à mon avis intenable, et explique que le libéralisme soit écarté par des courants conservateurs ancrés dans le bien commun.
Pas plus que le socialisme, le libéralisme n’est capable de donner un sens à la vie. La pensée moderne a opéré un effacement total d’un monde finalisé créant un vide de sens, propice au désespoir, au suicide.
L’individualisme conduit actuellement à une désagrégation de nos sociétés contemporaines ou les hommes sont de plus en plus isolés, incapables de s’entraider et de comprendre pourquoi ils vivent en société. Ils ont perdu une part de la connaissance de leur nature humaine : leur inclination à la vie sociale, au bonheur, au mariage, etc…
De cet individualisme germe le relativisme éthique, le pire des maux de notre temps. L’éthique est le talon d’Achille des libéraux. Ils considèrent la morale comme faisant partie du domaine privé, ouvrant la porte au relativisme. Des libéraux ont compris que cette attitude met en danger l’avenir de la doctrine libérale. Certains tentent une approche du couple liberté-responsabilité. Pour eux la morale consiste à exercer une liberté responsable, ce qui est bien insuffisant. Si assumer ses choix est un élément indispensable de notre code moral, il n’est pas suffisant pour affirmer le caractère moral lui même. La vraie question est « ce que j’ai l’intention de faire est il bon et raisonnable ? » Si je fais un choix dont j’assume les conséquences, cela ne suffit pas à conclure que ce choix est nécessairement bon. Les libéraux n’ont pas compris que tout acte est porteur d’un contenu éthique. L’homme en agissant émet nécessairement un jugement éthique qui précède toutes ses actions. On ne peut prétendre repousser la morale dans la sphère privée, car toute action à une influence sur nos proches et sur la société dans son ensemble. Aussi, dans les faits, les libéraux se partagent en trois courants éthiques principaux : subjectivisme, utilitarisme et sociobiologisme, qui sont tous relativistes.
Or, aujourd’hui, nous assistons à un retour progressif d’une morale objective, naturelle après la catastrophe soixante-huitarde. Le relativisme va refluer.
Dans ce contexte, le libéralisme ne peut prétendre à une domination à moins qu’il ne réexamine le bien commun, la finalité du monde, une éthique objective universelle. Mais pourra-t-il être encore être qualifié de « libéralisme » ? Si cette évolution n'est pas possible, le libéralisme disparaîtra tôt ou tard comme le socialisme et d'autres courants prendront sa place.
